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La douleur

La douleur physique, autrefois inconnue pour moi, est devenue une compagne indésirable. Mon corps, jadis robuste et résilient, cède sous le poids de l'alitement, laissant place à la paralysie et à d'intenses douleurs qui semblent défier toute logique. Chaque infime mouvement déclenche une souffrance lancinante, au point de me pousser à envisager des gestes désespérés, comme frapper ma tête contre le mur, dans l'espoir de détourner mon esprit de la douleur physique.


Comment trouver la force de programmer son esprit pour endurer une telle douleur ? Comment puis-je rassembler la motivation nécessaire pour surmonter ces épreuves, dans l'espoir de retrouver la capacité de marcher, de courir, de danser comme je le faisais autrefois ? Les chirurgiens, confrontés à l'ampleur de ma situation, ont écarté toute possibilité d'intervention réussie. Selon eux, que ce soit avec ou sans opération, la rééducation serait un miracle rare, la motivation s'éteignant souvent et la vie semblant se confiner à un fauteuil roulant.


la douleur - pascal ivanez

De ce fait, aucun acte chirurgical n'a été envisagé, car le succès semblait insaisissable... 

Comment puis-je imaginer les gestes quotidiens, tels que faire mes besoins ou me laver, alors que chaque tentative est une bataille acharnée ? Des heures s'écoulent pendant lesquelles je m'épuise à trouver la position idéale sur les toilettes, serrant les dents, transpirant abondamment, les gouttes se mêlant aux larmes. Coller ma tête contre le mur devient une tentative désespérée de rechercher la fraîcheur, et je recommence inlassablement, à la quête de la position parfaite. Mais aucune ne fut parfaite…


Ces années de rééducation, de motivation, d'efforts herculéens, d'imagination débordante, de persévérance inébranlable, sont entrecoupées de moments de démotivation abyssale. Quatre longues années, 1460 jours à aspirer à retrouver l'ombre de la personne que j'étais. Un voyage douloureux à travers lequel l'espoir et le désespoir se mêlent, défiant la résilience de l'esprit.


Je me souviens avoir adopté des positions étranges dans le lit, ou même m'allongeant au sol, dans l'espoir de trouver ne serait-ce qu'un léger répit à cette douleur insoutenable. Des postures inconfortables devenaient mes alliées, des stratégies désespérées pour échapper, ne serait-ce qu'un instant, à cette douleur lancinante qui semblait m'envahir de toutes parts. Les heures s'étiraient dans ces positions improbables, mais l'inconfort persistait, se mêlant à la frustration de ne pas trouver de soulagement.


Chaque jour devenait une série ininterrompue de tentatives pour minimiser la douleur, même au prix de la gêne physique. Les moments de répit étaient rares, et chaque mouvement, chaque ajustement semblait être une épreuve colossale. La douleur, compagne indésirable, teintait chaque aspect de ma vie, faisant de chaque jour une bataille contre l'inconfort et la détresse.


Ces souvenirs s'entremêlent à l'histoire de ces années de lutte, créant un tableau complexe où la résilience et la désolation se côtoient. Les positions improbables dans le lit deviennent des témoins silencieux de cette quête incessante de soulagement, et chaque journée, marquée par l'inconfort, ajoute une couche à ce récit poignant de persévérance.

Il est vrai qu'il existait un traitement, une lueur d'espoir sous la forme de médicaments à base de morphine. Ces substances, censées apaiser la douleur, transformaient ma réalité en un état de flou psychédélique. Chaque dose faisait planer mon esprit sur des kilomètres à la ronde, un échappatoire momentané à l'emprise implacable de la douleur physique.


Cependant, ce soulagement éphémère venait accompagné d'un goût de reviens-y, d'une tentation grandissante de céder à cette échappatoire chimique de plus en plus fréquemment.


Les médicaments, bien qu'offrant une trêve momentanée, créaient également une dépendance sournoise. La frontière entre soulagement et asservissement devenait floue, et la tentation de succomber à ces substances devenait une constante dans ma lutte quotidienne. Chaque pilule devenait à la fois une bouée de sauvetage et un fardeau, soulageant la douleur physique tout en m'immergeant dans un océan de dépendance.


Ainsi, au milieu de cette valse entre soulagement éphémère et dépendance grandissante, la quête pour retrouver la personne que j'étais se compliquait davantage. Les médicaments, tels des compagnons ambivalents, semblaient dicter une réalité alternative où la douleur était étouffée, mais la véritable essence de la vie s'estompait dans un nuage chimérique. Chaque jour devenait une jonglerie délicate entre la nécessité de soulager la douleur et la prise de conscience des dangers qui résidaient dans ces substances aux effets trompeusement séduisants.


Finalement, conscient des risques grandissants de dépendance, j'ai pris la décision difficile de me passer de ce traitement. Renoncer à la morphine signifiait renoncer à l'illusion momentanée de soulagement, mais c'était aussi une résolution de ne pas succomber aux chaînes de la dépendance. Il m'a semblé que mieux valait surfer avec la douleur, endurer chaque vague dévastatrice, plutôt que de glisser lentement dans les eaux troubles de la dépendance à la morphine.


La décision de faire face à la douleur sans recourir à ces médicaments n'était pas sans défis. Chaque jour était une bataille constante entre le besoin pressant de soulagement et la détermination à ne pas céder à la tentation pharmacologique. Accueillir la douleur, plutôt que de la masquer temporairement, est devenu une sorte de danse perpétuelle, exigeant une résilience mentale et physique hors du commun.


Ainsi, entamant cette nouvelle phase de ma vie sans la béquille chimique de la morphine, je me suis engagé dans un parcours exigeant de rééducation. Quatre longues années se sont écoulées, rythmées par les mains expertes de l'ostéopathe et le dévouement intense aux exercices physiques. C'était un ballet complexe entre la manipulation douce de l'ostéopathe, visant à rétablir l'alignement physique, et l'effort soutenu dans la salle de sport, centré sur la musculation pour reconstruire les muscles atrophiés et la quête de souplesse pour restaurer une mobilité perdue.


Les séances chez l'ostéopathe devenaient des rendez-vous cruciaux, chaque ajustement devenant une pierre supplémentaire dans la reconstruction de mon corps. Des mains expertes sondant les zones douloureuses, cherchant à rétablir l'harmonie perdue, tout en m'insufflant l'espoir d'une amélioration continue. Ces rendez-vous réguliers étaient un pilier essentiel, formant la trame sur laquelle se dessinait la renaissance progressive de mon corps.


Parallèlement, la salle de sport devenait le théâtre d'une autre bataille. La musculation prenait une place prépondérante, chaque levée de poids était un pas de plus vers la reconstruction musculaire. Les séances, souvent ardues et épuisantes, devenaient le moyen par lequel je tentais de reprendre possession de ma force physique, autrefois si robuste.


La souplesse, quant à elle, était la clé pour retrouver une mobilité perdue. Les étirements devenaient des rituels quotidiens, une danse entre la douleur persistante et l'espoir de retrouver la flexibilité d'antan. Chaque moment passé à travailler sur ma souplesse était une déclaration d'indépendance vis-à-vis de la rigidité imposée par la douleur.


Quatre années, une épopée de réduction et de reconstruction, où chaque séance chez l'ostéopathe, chaque entraînement en salle de sport, chaque étirement, représentait un pas de plus vers la reconquête de ma vie. Une odyssée faite d'efforts constants, de persévérance acharnée, avec pour horizon la vision de devenir à nouveau la personne que j'étais.


Et ainsi, après ces quatre années d'efforts déterminés, j'ai réussi à retrouver une part de la personne que j'étais. La rééducation avait porté ses fruits, et mon corps, autrefois alité et paralysé, avait retrouvé une certaine mobilité. C'était une victoire, une renaissance, mais je savais que le chemin vers la guérison totale était encore long.


Au cours de ces 4 années de rééducation, il y a eu des moments où la douleur était si intense, si épuisante, que je n'aurais jamais imaginé pouvoir réussir ou simplement tenir le coup. Sur une échelle de la douleur, celle-ci atteignait déjà un niveau exorbitant, il semblait presque inconcevable que le corps puisse supporter une telle souffrance. Qui aurait pu anticiper une douleur si dévorante, si démesurée ? Mais dans ces instants, la question du choix s'imposait d'elle-même, et la réponse était claire : est-ce que j'avais le choix ? Non et non !.


Face à ce dilemme déchirant, trois options s'offraient à moi, chacune représentant une voie différente, mais toutes chargées de conséquences incommensurables. D'abord, le fauteuil et la dépendance, une existence marquée par la limitation physique, un quotidien façonné par les contraintes d'un corps immobilisé. Une perspective déchirante qui aurait signifié renoncer à l'indépendance, à la liberté, et à bien des égards, à la vie elle-même et être dans le brouillard chimique..


La deuxième option, plus sombre encore, était la mort. Un choix radical, une échappatoire à la douleur, mais aussi une renonciation à toute possibilité de retrouver la vie que je chérissais. L'idée de mettre fin à tout semblant de lutte était tentante dans les moments les plus difficiles, mais quelque part, une force intérieure refusait d'abandonner.


Et puis, il y avait la troisième option : la persévérance. Un choix ardu, exigeant une résilience incommensurable. C'était le chemin où chaque pas était une victoire sur la douleur, chaque séance de rééducation une déclaration de défi lancée à l'adversité. Persévérer signifiait affronter l'inconcevable, affirmer ma volonté face à l'impensable, et réclamer ma place dans la vie malgré les obstacles insurmontables.


Ainsi, dans l'ombre de la douleur incommensurable, la persévérance est devenue le fil conducteur de mon existence, une force qui m'a guidé à travers l'obscurité, vers la lumière fragile de la guérison et de la reconquête de la vie.


Chaque pas était une victoire remportée sur la douleur, chaque séance de rééducation devenait une déclaration de défi lancée à l'adversité. Mais au-delà de la simple survie, il s'agissait de mériter ou gagner ma place dans la vie.


La vie n'était plus simplement une succession d'instants douloureux à surmonter, mais une arène où je devais mériter chaque avancée, chaque progrès. Gagner ma place signifiait défier les pronostics, dépasser les limites que la douleur cherchait à m'imposer. C'était un combat acharné contre l'adversité, où chaque étape était une conquête méritée, chaque succès une victoire durement gagnée.


Au fil des années, la rééducation est devenue un rite sacré, une célébration de la résilience et de la force intérieure. Gagner ma place dans la vie impliquait de façonner mon existence malgré les douleurs persistantes, de refuser d'être défini par les limitations physiques. C'était une conquête quotidienne, souvent discrète, mais profondément significative.


La persévérance m'a ainsi permis de mériter chaque parcelle de cette vie reconquise.


Chaque sourire, chaque pas sans douleur, chaque moment de joie était une récompense savourée après des années d'efforts inlassables. Et dans cette bataille quotidienne pour la vie, la persévérance s'est révélée être la clé pour gagner ma place dans un monde qui semblait autrefois si inaccessible.


C'est pourquoi, même après avoir retrouvé une partie de ma vie d'antan, j'ai choisi de maintenir la rééducation. Pendant une décennie entière, j'ai poursuivi ces séances régulières chez l'ostéopathe, ces entraînements en salle de sport, ces moments dédiés à la souplesse. Car toutes les blessures n'étaient pas encore bien cicatrisées, surtout celles de l'intérieur.


Les cicatrices invisibles, résultat des années de douleur physique et de lutte mentale, demandaient une attention particulière. La rééducation n'était plus seulement une étape vers la guérison, mais un mode de vie, une pratique quotidienne visant à maintenir l'équilibre fragile que j'avais retrouvé. Les blessures intérieures, psychologiques autant que physiques, exigeaient une patience infinie et un engagement continu.


Ces dix années ont été une période de consolidation, une époque où j'ai appris à vivre avec les séquelles de cette épreuve. La rééducation, loin d'être une tâche ponctuelle, est devenue une discipline constante, un rituel ancré dans ma vie quotidienne. Chaque séance chez l'ostéopathe, chaque séance de musculation, chaque étirement, devenaient une déclaration silencieuse de ma détermination à maintenir la santé retrouvée et à préserver l'équilibre fragile entre le passé douloureux et le présent reconquis. Mais les séquelles restèrent à jamais enfouies quelque part, par là, symbole de cette traversée dans les abysses tout en prenant conscience que tous ceux-ci étaient une alarme pour me dire que j’étais sur le mauvais chemin.


C’est comme ça que quelques années plus tard, je suis devenu thérapeute.

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