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Sauver, soigner, aimer : l’art sacré de demander la permission

Faut-il demander la permission de sauver ?


Dans le monde de l’énergétique, on répète souvent : on ne fait pas de soin sans le consentement de la personne. Parce qu’un soin, même bienveillant, est un acte d'intrusion. C’est comme ouvrir une porte qu’on n’a pas construite, dans une maison où l’on n’a pas été invité. Et c’est une chose que de respecter la frontière d’un corps, mais c’en est une autre, plus subtile, de respecter celle d’une âme.

Mais allons plus loin.


Si l’on considère que sauver quelqu’un, c’est un soin au sens large – un acte d’intervention sur son parcours – alors faut-il aussi demander la permission pour sauver une personne d’un accident ? D’une agression ? Faut-il aussi demander l’autorisation à ceux qui frappent, qui blessent, qui tuent ? Jusqu’où va ce respect du libre arbitre ? Et à quel moment l’action devient-elle un acte d’amour... ou un geste de domination cachée derrière de bonnes intentions ?


Parce que oui, vouloir sauver, c’est choisir un camp. C’est dire : “ceci est mal, ceci est bien”. C’est trancher. C’est se poser en juge, souvent en héros, parfois en martyr. Et sans s’en rendre compte, on joue une partition déjà vue mille fois : celle du sauveur, du bourreau et de la victime. Et dans cette danse-là, personne n’est vraiment libre. Personne n’est vraiment guéri.


Mais alors… que faire ? Ne rien faire ? Observer une scène violente et détourner les yeux ? Regarder le chaos et se dire que l’univers fera ce qu’il a à faire ?


Ce serait tentant. Se retirer du jeu. Devenir pur témoin. Après tout, l’univers ne se trompe pas. Ce qui est, est. Et parfois, dans ce grand théâtre de l’existence, la douleur, la violence ou même la mort ont une place que notre mental humain refuse d’accepter.


Mais il y a une différence entre ne pas intervenir et être absent. Entre fuir la réalité et être présent sans volonté de contrôler.


Peut-être que tout repose là-dessus : l’endroit d’où l’on agit. Si je me précipite pour sauver, parce que je suis incapable de supporter la souffrance de l’autre, ou parce que je me sens investi d’une mission… alors je ne suis pas dans l’amour, je suis dans la projection. Si j’agis pour me sentir utile, pour réparer mes blessures de rejet ou d’impuissance, je ne sauve pas : je m’auto-sauve à travers l’autre.


Mais si, dans un moment de silence intérieur, une impulsion surgit, claire, sans peur ni attente, et que je tends la main… alors je ne suis plus dans la dualité. Je ne suis ni sauveur, ni témoin. Je suis juste le flux. Un canal. Un souffle. Et là, je ne “sauve” pas : je participe à une harmonie plus vaste, sans m’y accrocher.


Peut-être que l’erreur est dans le mot lui-même : “sauver”. Comme si quelqu’un avait besoin d’être sauvé. Comme si ce qui arrive n’était pas déjà juste. Peut-être que ce mot est un piège, une illusion, un déguisement de l’ego qui veut exister dans le regard de l’autre.


Et si on n’était là que pour accompagner, être, vibrer ? Ni pour guérir, ni pour sauver, ni pour corriger. Juste pour être là, dans une présence tellement pleine qu’elle transforme les choses sans rien vouloir.


C’est un chemin subtil. On n’y arrive pas tous les jours. Parfois, on veut réparer. Parfois, on veut fuir. Et parfois, on arrive à ce point d’équilibre où l’on agit sans agir, où l’on intervient sans forcer, où l’on aime sans condition.


Alors oui, dans certains cas, on peut s’interposer dans une bagarre. Ou non. Ce n’est pas la règle qui compte, c’est la vibration d’où ça part.


Et parfois, ne pas agir, c’est offrir à l’autre le droit de traverser ce qu’il doit traverser. Même si ça nous brise le cœur. Parce que l’âme a ses chemins que la conscience humaine ne comprend pas.


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Alors faut-il demander l’autorisation pour faire un soin ? Pour sauver ? Pour intervenir ? Peut-être que la seule vraie autorisation, c’est celle que nous donne notre propre alignement. Quand il n’y a plus de volonté, plus de posture, plus de rôle… juste la résonance juste.

Et dans cet espace, il n’y a plus rien à sauver. Seulement à être.


Demander l'autorisation, un acte sacré


Et si, au fond, tout tournait autour de ça : la permission.

Pas dans le sens d'une soumission ou d'une demande infantile, mais dans celui d’un respect profond.

Respect du corps. Respect du cœur. Respect de l’histoire invisible de l’autre.


Car chaque fois qu’on entre dans l’espace d’un être, que ce soit par un mot, un geste, un soin, un regard appuyé, un conseil non demandé, ou même une présence trop insistante, on touche quelque chose de vivant. Et ce vivant n’est pas neutre. Il porte des cicatrices, des mémoires, des ouvertures, des résistances.


Donner un conseil ? Ce n’est pas anodin. C’est poser une intention dans le champ de l’autre.


Toucher quelqu’un ? Ce n’est pas juste un geste, c’est une vibration qui entre dans sa peau, dans son énergie, dans ses repères.

Faire l’amour ? C’est entrer dans un sanctuaire où rien ne devrait être fait sans une écoute totale.


Même dans le silence, même dans l’invisible, il est juste de demander l’autorisation intérieurement :

– Puis-je dire ça ?

– Suis-je invité à entrer ?

– Est-ce que ce que je m’apprête à faire vient d’un vrai appel, ou d’un besoin de contrôler, d’aider, de briller, de sauver ?


Demander l’autorisation, c’est une posture du cœur.

C’est reconnaître que l’autre est un monde.

Et que ce monde n’est pas à conquérir, ni à guérir de force.

C’est un monde à rencontrer, à écouter, à honorer.


Et parfois, la simple demande silencieuse suffit.

Parfois, on sent un “oui” dans l’air.

Parfois, c’est un “non”. Ou un “pas maintenant”.


Mais en apprenant à demander avant d’entrer, on sort de l’ego déguisé en sauveur.

On devient un compagnon. Un allié.

Et parfois, dans cette écoute, on se rend compte que… rien n’a besoin d’être fait.

Juste être là. Présent. Authentique. Et libre.

 
 
 

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