L’important n’est pas ce que tu fais, mais qui tu deviens
- Pascal Ivanez

- 23 sept.
- 4 min de lecture
Il y a une époque dans ma vie où je croyais que faire beaucoup, c’était vivre.
Je pensais que si mes journées étaient remplies, si mes projets s’enchaînaient, si mes actions étaient visibles, alors je serais quelqu’un.
Et pourtant, à chaque instant de "faire", il y avait une part de moi qui s’éteignait.
Un feu discret, quelque part dans l’âme, qui murmurait :“Tu vas trop vite. Tu te fuis. Tu crois avancer, mais tu contournes.”
Alors un jour, j’ai arrêté de faire pour faire.
Et j’ai commencé à me demander : Qui suis-je en train de devenir ?
Le grand malentendu : croire que le faire définit l’être
On nous programme dès l’enfance :
"Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?
"Pas "Qui veux-tu être ?
"On valorise les actions, les réussites, les métiers, les compétences…
Mais on parle rarement de l’intégrité, de la sagesse, de la capacité à aimer, à se transformer, à être pleinement vivant dans son corps, son cœur et ses cellules.
Et le plus souvent, on se perd dans la performance.
On devient ce que l’on fait.
Ou pire : on se définit par ce que l’on produit.
Mais ce que tu fais n’est qu’une partie de l’équation.
Un outil.
Un chemin.
Une épreuve parfois.
Ce n’est pas la finalité.
Parce que tu peux tout faire "comme il faut", et pourtant rester figé à l’intérieur.
Ou faire "n’importe quoi" aux yeux du monde… mais devenir plus conscient, plus ouvert, plus relié.
Le faire peut être un piège doré
Certaines actions te propulsent.
D’autres te consomment.
Certaines te révèlent, d’autres te déforment.
Et parfois, tu avances droit dans un projet magnifique… mais tu t’y perds,
Tu t’y perds tellement que tu ne sais plus qui tu es sans ce rôle, sans cette fonction, sans cette course.
Et c’est là que ça bascule.
Quand l’action devient un masque.
Quand la réussite devient une façade.
Quand la mission devient une prison.
Tu continues de faire, parce qu’arrêter serait affronter un vide
.Un vide effrayant.
Celui de ne plus savoir qui tu es…
Parce que tu ne t’es jamais laissé le temps de devenir.

Devenir demande du silence. De l’écoute. Du dépouillement.
On croit que devenir quelqu’un de meilleur, c’est ajouter des choses à soi : des savoirs, des outils, des titres, des expériences.
Mais souvent, devenir, c’est enlever.
Enlever les couches.
Les protections.
Les histoires.
Les rôles qu’on porte à bout de bras, et qui finissent par nous courber le dos.
Devenir, c’est oser le rien.
C’est rester là, sans but, sans mission, sans justification… et sentir : qu’est-ce qu’il reste de moi quand je ne fais plus ?
Il reste un souffle. Une présence.
Un battement.
Quelque chose d’invisible, mais d’intact.
Quelque chose de vivant.
La seule vraie réussite, c’est la métamorphose
Regarde la nature : elle ne court pas après la reconnaissance.
Elle pousse, elle meurt, elle se transforme.
Elle suit des cycles. Elle devient.
Et nous, humains, dans cette danse sacrée, on a cru qu’il fallait faire pour exister.
Mais peut-être que la seule chose qu’on nous demande, c’est de devenir qui on est déjà.
De dépouiller l’être.
De l’écouter.
De l’incarner.
Chaque relation, chaque rupture, chaque changement de cap, chaque douleur… ce sont des portails.
Des révélateurs.
Des initiations.
Pas des "échecs" ou des "réussites", mais des tremblements de l’âme.
Et si on évaluait notre vie non pas à ce qu’on a accompli, mais à qui nous sommes devenus à travers les épreuves ?
Est-ce que je suis devenu plus vrai ?
Est-ce que je suis capable d’aimer plus profondément ?
Est-ce que j’ai appris à écouter sans fuir ?
Est-ce que je suis resté fidèle à ce qui me rend vivant ?
Faire pour faire… ou faire pour vibrer ?
Faire n’est pas un problème en soi.
Mais fais-le avec conscience.
Fais-le avec ton cœur, pas avec ton masque.
Fais-le parce que ça te transforme.
Pas parce que tu cherches à remplir un vide.
Sois un artisan de ton devenir.
Un tisseur de cohérence.
Un alchimiste du quotidien.
Choisis des actions qui t’élèvent.
Qui t’aident à revenir à toi.
Même les gestes simples — cuisiner, marcher, créer, chanter, accompagner — peuvent être des actes sacrés…s’ils participent à te faire grandir.
L’écho que tu laisses
Un jour, tout ce que tu auras fait s’effacera.
Les réseaux, les publications, les produits, les missions…Mais ce que tu es devenu, ça, ça laissera une trace.
Dans les gens.
Dans les lieux.
Dans la mémoire du monde.
Et ce n’est pas ton CV que l’univers retiendra.
C’est ton rayonnement.
C’est la façon dont tu as su devenir plus tendre, plus vrai, plus aligné.
C’est l’amour que tu as su garder en toi malgré les blessures.
C’est la conscience que tu as fait naître dans ta chair.
En conclusion : redevenir un être humain, pas un faire humain
Tu n’as rien à prouver.
Tu as juste à devenir.
Pas quelqu’un d’autre, mais pleinement toi.
Dans ton chaos, dans ta lumière, dans ta lenteur.
Alors à chaque action, demande-toi :“Est-ce que cela me rapproche de ce que je suis ?”
Parce qu’au bout du chemin, l’important ne sera pas ce que tu auras fait.
Mais la personne que tu seras devenu.




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